L'atelier de Guy

3° épisode

La Barquette Marseillaise

Le modèle exposé est le modèle d'une barquette que j'avais réalisé il y a une trentaine d'année avec mon ami Jean-Claude Tolza.

Professionnellement, elle servait surtout pour les pêcheurs qui pratiquaient les petits métiers. Son origine assez récente a éliminé petit à petit la construction du Mourre de Pouar.

Elle est arrivée début 20ème avec l'immigration italienne, sa construction plus légère et surtout la possibilité de mettre un moteur à bord, a signé la disparition du Mourre de Pouar.

Nous nous souvenons des fameux chantiers de Ruopoulo et de son neveu l'ami Michel Gay, de Mesa, de Trapani et de Noguera.

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Une barquette marseillaise n’est pas simplement une embarcation, c’est une façon de vivre ;  c’est Marseille, le vrai Marseille, des gens modestes, qui le week-end, dans leur cabanon, passaient le dimanche en famille avec leurs amis.

La barquette était là, sous leur yeux, amarrée à quai ou bien en cabessaille sur son corps mort ; c’était le bien de la famille, du tous ensemble, des générations, des anciens, des minots qui étaient là, qui courraient sur le quai autour de la table du casse croute.

Et le retour de pêche !! avec chaque fois une nouvelle anecdote, aucune sortie ne ressemblait à une autre ; tiens, par exemple, une fois un gars avait mouillé sur mon caillou ; il avait dû prendre MES POISSONS ! Est-ce que vous vous rendez compte? un vrai scandale, il n’était pas d’ici sûrement ; peut-être un parisien ?? Le chemin du retour passait souvent devant la boutique du poissonnier mais c’était juste pour prendre un petit complément, bien entendu ….

La barquette portait des noms de chez nous : des gens de la famille, du petit dernier ou parfois du papé qui nous avait quitté.

Au printemps, les opérations d’entretien de peinture, de grattage de sous marine. Tous les collègues étaient là, le pinceau ou la gratte à la main.

Certain pris par le temps, confiait cette mission à des copains à la retraite qui arrondissaient ainsi leur fin de mois grâce à ces petits chantiers…… et les critiques fusaient !

Je me souviens d’une équipe de 2 collègues qui avaient la réputation de faire un travail bien et rapide ; certains jaloux, disaient, que la célérité, de leur travail, était dû à un énorme pinceau qui faisait la sous marine, d’un bord, d’un seul passage ! et d’autres, encore plus jaloux, disaient que leur pinceau était tellement gros, qu’il devait le porter à deux !!!!!

Pour la mécanique, il y avait pépé Louis, qui bricolait nos moteurs COUACH (mais vraiment bricolé !); nous l’appelions « Le père la burette », il avait la maladie d’asperger les moteurs avec de l’huile qui coulait dans le fond des bateaux et ses espadrilles pompaient allègrement ce surplus, ce qui permettait de le suivre à la trace ; son passage était marqué sur le quai et ne pouvait être confondu. Il fallait aussi prendre garde et ne pas stationner près de sa 2CV car l’arthrose, lui bloquant le cou, il reculait au bruit !

Evidemment le personnage le plus important était « Toine », le deus ex-machina de la grue ; il tirait les bateaux et on ne pouvait s’empêcher de s’angoisser de voir notre trésor de barquette pendu entre le ciel et l’eau ; angoisse vaine car la manoeuvre se passait sans incident. Il faut dire aussi qu’il y avait sous la grue « un grand nombre de conseillers » qui bien heureusement n’avaient droits qu’à conseiller et commenter surtout en ne touchant à rien !

Heureusement, les barquettes survivront ; il faut espérer que le plastique ne prennent leur place et ne les remplace.

Il existe le chantier Borg à Marseille qui peut les entretenir et en refaire si besoin dans la tradition bien sûr !!

Comme dit Monsieur Borg « la barquette est à Marseille ce que la gondole est à Venise » !

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